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l'historial Charles de Gaulle du Musée des Invalides. Autant le dire d'emblée, je ne sais pas trop qu'en penser. Inauguré en février 2008 sans grande publicité malgré l'ampleur des travaux menés, l'historial n'a pas encore fait à ma connaissance l'objet de critiques, ni journalistiques, ni historiennes.
Côté contenu tout d'abord, il faut bien sûr souligner la performance architecturale du cabinet Moatti qui a creusé en souterrain la cour d'honneur classée Monument Historique, pour donner un bâtiment à la conception originale : un auditorium circulaire autour duquel on circule dans un couloir donnant sur différentes alcôves permettant d'explorer les épisodes de la vie du grand homme. Satisfaisante également la muséographie, facilement lisible, moderne et mettant à la disposition du visiteur maints dispositifs derniers cris.
Car c'est bien là le parti-pris de l'Historial : De Gaulle ayant refusé toute forme de "culte des reliques"1 et de fétichisme de l'objet, l'exposition ne présente aucun objet, aucun document d'archives (au sens restreint du terme), à l'exception de la reproduction de quelques affiches. Uniquement des archives sonores, audiovisuelles et photographiques, éclairées par des interviews d'historiens (d'ailleurs très bien présentées sous forme d'écrans interactifs). Une fausse bonne idée à mon avis car, si le centre peut se vanter de présenter plus de 20 heures d'enregistrement, avouons qu'au bout de 2h, le visiteur ressort saoûl et étourdi de tant d'images et de sons, incapable de tout esprit critique. Personnellement, j'aurais vraiment aimé reposer mes yeux sur quelque "relique" de papier.
Mais ce qui me pose finalement le plus problème dans cet Historial, c'est la question de savoir si l'on se situe ici du côté de l'histoire ou de la mémoire. Vient-on pour apprendre l'histoire (et donc faire un travail de réflexion critique et objectif) ou pour se réunir autour de la mémoire d'un de ces personnages "qui ont fait la France", ciment de la mémoire nationale ? La lecture du
dossier de presse n'éclaire pas franchement cette question et renforce plutôt l'ambiguïté d'un projet ni vraiment musée, ni vraiment centre d'interprétation, dont on ne comprend finalement pas bien où il se situe et qui voudrait probablement être un peu des deux. La vocation pédagogique est très affirmée dans ce dossier, tout comme la vocation de transmission du savoir scientifique sur De Gaulle, renvoyant la fonction de mémorial au
centre de Colombey, inauguré tout récemment. On ne peut d'ailleurs nier que le discours des historiens est présent dans l'exposition (même si c'est de façon très lisse). Néanmoins, j'ai eu plusieurs fois la sensation d'un discours historique qui dérapait, ambigu si ce n'est simplificateur et parfois à la limite de l'erreur. Ainsi, exemple parmi d'autres, de l'interprétation de mai 68, très contestable à mon avis. Plusieurs éléments sont dans cette veine, éléments qui ne seraient pas (ou moins) contestables si l'historial s'affirmait clairement mémorial. Pour ma part, je trouve véritablement gênant de ne s'affirmer ni l'un ni l'autre et de jouer ainsi sur le fil du rasoir.
Pour conclure tout de même sur une note positive, il ne faut pas nier la grande richesse de cet historial qui permet d'aborder bien des questions de l'histoire contemporaine. Donc, allez-y mais ne laissez pas votre esprit critique s'endormir dans les écouteurs de l'audioguide!
1. p. 17 du dossier de presse